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Du coronavirus à la non violence

DU CORONAVIRUS A LA NON-VIOLENCE.

Avec le coronavirus la vie s'est arrêtée. De nombreux changements ont déjà été soulignés. Nous redécouvrons des valeurs que nous avions tendance à sous-estimer comme les valeurs familiales et la solidarité.   

Nous voyons des catégories de gens qui hier ignorées, voir dévaluées, devenir soudain des « héros du quotidien » tant leur action est nécessaire à la vie de la société. Il en est de même pour les associations qui sont utiles pour venir en aide aux invisibles de la nation. Nous prenons conscience qu'il faut s'occuper prioritairement des plus fragiles par l’âge et la santé. Mais aussi des sans-abris, des migrants et de tous les démunis.

Préserver les plus faibles devient une garantie pour nous tous. Cette prise de conscience doit nous faire réviser nos conceptions habituelles. Par exemple la notion du premier de cordée. Hier tout était centré sur lui. Aujourd'hui la crise sanitaire nous indique qu’il faut jeter les yeux sur le maillon faible. Si on l'épuise par une allure trop rapide, il risque de dévisser, et d'entraîner avec lui toute la cordée dans le précipice.  Il en est de même pour l'humanité. Un exemple :

  • Les paysans représentent plus du tiers de la population mondiale. Ils sont les premiers à n'avoir pas accès à l'éducation, la santé, le logement, l'eau potable etc...

Ce sont eux qui vont grossir les bidonvilles des grandes métropoles. Celles-ci vont devenir de véritables « bombes atomiques humaines » risquant d'exploser demain.

La crise sanitaire actuelle doit nous convaincre que la vie ne pourra plus continuer comme avant. Des orientations radicales seront à prendre comme :

  • Remplacer la compétition sous toutes ses formes par la coopération entre les hommes, les entreprises et les nations.
  • Reconvertir massivement les dépenses d'armement vers les crédits de développements pour le bien de tous les humains et la protection de la planète.
  • Substituer aux critiques négatives et partisanes des propositions positives constructives et créatives.
  • Cesser l'obsession consumériste pour devenir plus spiritualiste.
  • Revoir toute la répartition des richesses et des revenus pour qu'elle profite à tous.

Les décideurs de tout ordre doivent comprendre cela, s'ils ne veulent pas demain être entraînés dans le précipice, et nous avec, par les maillons faibles de la cordée. Il semble aussi que la crise nous rend amnésiques à la vie d'avant. Nous n'entendons que très peu parler de guerres, de conflits sociaux etc... Pourtant s'était hier, il y a quelques jours seulement. Nous vivions dans un monde marqué par la violence. Elle se décline sous toutes ses formes: violence physique ou verbale, violence institutionnelle, économique et sociale. Elle s'infiltre partout et de multiples façons. Entre les états, entre et à l'intérieur des groupes sociaux et même dans des lieux qui devraient être sanctuarisés comme les écoles ou la famille. Cela révèle un manque d'éducation, de conscience morale individuelle et collective, la perte des valeurs humanistes et spirituelles ainsi qu'un cruel déficit de solidarité.

Corona non v

Tout cela est provoqué par un individualisme triomphant, un racisme inquiétant et un libéralisme dévastateur.

Dans le même temps il y a une sorte de frénésie mémorielle qui nous invite de manière impérative à faire mémoire. Ce qui est parfois ambigu dans les cérémonies patriotiques c'est que la valorisation de l'héroïsme et de l'abnégation de ceux qui sont morts pour notre liberté fait parfois oublier les causes des guerres où ils ont perdu la vie. Voici quelques exemples pour réfléchir à cette interrogation :

  • Après la guerre 14-18, si l'on salue le courage et le sacrifice des poilus n'a-t-on pas tendance à oublier qu'elle fut une effroyable « boucherie » où l'on a sacrifié deux jeunesses française et allemande. Le « plus jamais ça » qui a suivi n'a pas empêché la seconde guerre mondiale.
  • En célébrant la victoire sur le nazisme nous pouvons aussi nous interroger si le travail de mémoire à bien été fait sur les causes du nazisme quand on voit aujourd'hui la résurgence de la haine et du racisme.

Si nous voulons éviter l'instrumentalisation de la guerre d'Algérie nous devons nous poser une question humainement déchirante et dramatique : Nos camarades qui y ont laissé leur vie sont-ils morts pour la France ou à cause de la France ? N'est-ce pas la conséquence des choix politiques de nos dirigeants de l'époque qui, sans vision de l'avenir, nous ont envoyés faire une guerre aussi injuste qu'inutile. ? Sous l'apparente légitimité du maintien de l'ordre nous avons été principalement utilisés pour empêcher un peuple d'accéder à la liberté.

Quand on sait aujourd'hui que le soulèvement des peuples, légitime et nécessaire, qui se font par la violence débouchent presque toujours sur des régimes autoritaires ou des dictatures, il y a de quoi s'interroger ! Dire qu'il faut utiliser la force pour ramener la paix n'est vrai qu'à court terme. Pour s'en convaincre rappelons-nous cette phrase prémonitoire du général Duval disant aux autorités civiles après avoir dirigé la répression des émeutes de 1945 en Algérie : « Je vous donne la paix pour 10 ans. Si vous ne faites rien tout recommencera en pire et peut-être de façon irrémédiable! » On connaît la suite.

Si les causes des conflits ne sont pas traitées et résolues ceux-ci réapparaîtront et le cycle infernal : humiliation, frustration, haine violence, vengeance, revanche, exaction, répression... se réactivera. Pour sortir de cette spirale, pratiquement seule la non-violence peut apporter une réponse. Elle devrait être expliquée et enseignée. La non-violence, ce n'est pas du pacifisme passif. C'est une volonté active et réfléchie. C'est vouloir, par des moyens non-violents, substituer à la force la résolution des conflits par le dialogue et la négociation.

Cela est impérativement nécessaire si nous voulons demain construire un « bien-vivre ensemble » dans le respect des différences par la recherche constante de la justice et de la solidarité.

 Il faut choisir. Il y a urgence, si nous ne voulons pas vivre demain une pandémie sociale comme nous vivons aujourd'hui, une pandémie sanitaire.

René GUITTON – Mai 2020. Blain, Loire Atlantique

Non violence karl frederik reutersward

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Illustration : "Hands" de l’artiste Jordan Kasey.

Sculpture"Non-Violence", bronze de l'artiste suédois Carl Fredrik Reuterswärd

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