Chrétiens dans le Monde Rural en Loire Atlantique

Lettre aux accompagnateurs d'équipe #1

Lettre aux accomp

En glanant des expressions de points de vue dans 'Ouest-France', pour nous aider à aller plus loin: Le pouvoir des nombres, disait Voltaire en 1764, dans son Dictionnaire philosophique, fut d’autant plus respecté parmi nous, qu’on n’y comprenait rien

Pourquoi limitons-nous les victimes de l’épidémie actuelle, à des nombres qui, comme à la bourse des valeurs, montent et descendent sans que la plupart d’entre nous comprennent pourquoi ? A nous faire peur pour nous obliger à respecter les consignes de confinement ?

Personnellement- Je : Je domine cette psychose entretenue par le flot d’informations contradictoires, ainsi que ma peur diffuse d’attraper le virus, ou de redouter le contrôle des gendarmes, et je fais la paix en moi

-Je franchis le pas vers le relationnel, avec tous les moyens de communication dont je dispose, pour contacter des personnes qui semblent me faire signe, dû à l’âge, à la maladie, ou bien prendre des nouvelles de ceux que j’avais oubliés, dans mon histoire, qui m’avaient marqué, pour diverses raisons (Quelle surprise).

- Je prends en considération tous ces gestes de solidarités et d’entraide, pour soutenir et agir, moi aussi, dans ce sens d’un civisme citoyen ; cela m’aide ainsi à répondre positivement, aux critiques des mesures entreprises, pour éradiquer la pandémie.

- Le monde fait face à un ennemi invisible qui nous renvoie à notre condition humaine. D’après Lao Tseu, ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en n’as qu’une. De l’individualisme mainte fois décrié, je prends conscience de la « maison commune » ou de la communauté qui me porte, pour respirer l’esprit de fraternité que m’apprend l’Evangile.

- Occasion, opportunité, les évènements qui nous arrivent sont-ils prétextes pour servir ma foi, ou bien ma foi est-elle un état de vie constant et fidèle qui est en moi ?

- A moi de voir personnellement ce que je peux trouver d’autres… 

Avec le prochain-Nous : Pour la famille, faisons de ce vivre ensemble forcé ( faut-il le considérer comme forcé ? ) une occasion de prendre du temps pour se parler, dans le couple, avec les enfants et les aînés, d’utiliser les écrans pour se cultiver, de partager les tâches ménagères et les savoir-faire, en comprenant davantage la condition des enseignants, pour une école à la maison.

Ce qui fait le bonheur et la qualité de la vie, c’est l’art de la proximité à mettre en œuvre. A nous de découvrir ensemble, ce qui peut être perçu, entendu dans le silence des bruits de la nature, à pied, à vélo, en empruntant des sentiers loin du bitume, et de la circulation. Il n’est pas de belles choses qu’ailleurs. Il n’est pas d’ennui pour qui sait regarder autour de lui. La merveille de la création s’étend à toute la planète, ici et là-bas. C’est déjà un acte de foi.

« Confinement », mot anglais, se traduit en français par « accouchement ». Dans cette épreuve, qui oblige à chercher la bonne distance pour sauver des vies, quelque chose se passe qui ressemble à un nouveau monde en train de naître, à savoir s’apprécier dans la distance, qui respecte l’un et l’autre, dans sa liberté, loin de toutes confusions. Les gestes-barrières nous protègent dans notre intimité.

Une interprétation du récit biblique de l’Exode voit dans l’épisode de la Pâque juive (passage), en observant que le nom de l’Egypte, en hébreu, évoque une matrice devenue trop étroite, dont il faut oser sortir pour vivre. Ce sont nos différences qui enrichissent la vie du monde par toutes nos couleurs de goûts et de tempéraments. Dans la communion à l’autre, nous apprenons qui nous sommes en vérité. La création est une séparation continuelle, depuis le jour et la nuit.

Comment cette actualité nous a ouvert à une autre dimension, nouveauté, « arrêt sur image » de nos vies , qui modifient nos attitudes, comportements, réactions ? 

Dans la vie du monde -Ensemble : Du village au quartier, de la rue au lotissement, du bourg à la ville, le confinement nous fait mesurer la valeur du circuit-court. C’est là que nous nous rendons compte qui habite dans la maison toute proche, dont nous sommes passés devant, maintes et maintes fois, pressés par le temps ; se saluer même si nous ne nous connaissons pas, c’est intégrer ceux que nous avions tendance à exclure ou à ignorer, parce que, osons le dire, pas fréquentable. Comme dit le pape François : la culture du déchet est à notre porte.

A faire nos courses, au super-marché du coin, derrière chaque pomme de terre, tête de chou-fleur et tranche de viande, il y a des femmes et des hommes qui, de la caissière à l’agriculteur et au camionneur, prennent des risques au quotidien, même gantés et masqués. Le personnel soignant, dans les E.H.P.A.D est mis à rude épreuve, auprès des malades et personnes âgées qui connaissent la solitude. Les patients désertent les cabinets médicaux alors que les pathologies habituelles n’ont pas disparu.  A nous qui avons cette chance d’être mobile et de vivre en rural, nous ne connaissons pas notre bonheur, et nous reconnaissons que nous sommes démunis pour répondre à toute la détresse du monde.

Epreuve d’humilité et de pauvreté où nous constatons de multiples situations, qui semblent nous dépasser dans un emballement mondial. Sans vouloir nous résigner, l’humilité vient du mot « humus », le sol, qu’il nous faut considérer dans sa vocation première de terre nourricière. Nos pelouses pourraient se transformer en jardin potagers et légumineux ; ce serait plus rentable que d’aller à la déchetterie, jeter son herbe, et l’on n’entendrait plus le vrombissement des tracteurs-tondeuses. Entre le jardin potager et le jardin intérieur, la méditation est aisée. Reconnaissance aussi envers le Créateur qui met chaque jour, une nature rentable pour l’alimentation de proximité, avec la satisfaction de la graine qui devient plante, le temps d’une saison.

Que d’exemple à nous apporter dans les partages de vie de nos équipes, qui contribuent à justifier ce monde en devenir, où nous voulons croire que ce ne sera plus comme avant. Rappelons la phrase d’Albert CAMUS « Un homme, ça s’empêche », propos qui suppose un renoncement, choix, avec la pensée d’Epicure : « Celui qui ne sait pas se contenter de peu, ne sera jamais content de rien ». L’occasion nous est offerte de l’expérimenter. A situation inédite, continuons de parfaire des modes de vie auxquels nous croyons, pour maintenir notre planète habitable, vivable.

A partir de ce que nous pouvons renouveler dans ces circonstances, qu’est-ce qui est porteur d’avenir et signe d’espérance ?

Hubert LEBRETON, prêtre accompagnateur du CMR44

Texte imprimable : Lettre aux accompagnateurs 1lettre-aux-accompagnateurs-1.pdf (113.94 Ko)

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