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Le seacute nat ce machin

EHPAD 2 : « Ma mère est morte seule »

 Ouest France du 4 mai 2020

"Oubliée, comme beaucoup d’autres personnes âgées dont on se préoccupe surtout… dans les discours."

Ma mère est morte seule à la maison de retraite. Elle y était depuis un an. Une année où son état s’est dégradé par étapes.

L’EHPAD où elle vivait a rarement été à la hauteur. Tout y était compliqué. Bien sûr, il y avait les carences habituelles : rares douches, personnel non formé, turn-over des soignants, mais aussi le sentiment que trop souvent les résidents étaient traités comme des objets.

Ma mère était immobilisée en fauteuil, parfois la sonnette était hors de sa portée. Comme elle ne pouvait pas appeler, elle faisait dans sa protection alors qu’elle n’était pas incontinente ! Cela l’humiliait. Étant fortement à risque d’escarres, rester assise sur une couche souillée majorait considérablement ce risque.

Plusieurs fois, c’est la famille qui a dû signaler au personnel que des escarres s’installaient. Plusieurs fois, des médicaments d’autres résidents ont été donnés par erreur. Plusieurs fois, les transmissions des consignes ou les demandes n’ont pas été faites.

Ce qui parait de petites choses pour les agents ne sont pas sans impact pour les personnes concernées. Les oublis et erreurs se sont accumulés au point que nous avons perdu la confiance dans l’équipe. Les relations se sont tendues. C’est devenu une préoccupation constante qui générait pour l’entourage inquiétude, méfiance, vérification, colère et épuisement. Et le confinement est arrivé. Deux échanges vidéos ont été possibles avec ma mère sourde et pour qui les piles des appareils auditifs n’ont pas été changées. Lorsque nous prenions des nouvelles, tout allait bien.

Jusqu’à cette semaine où un mail de l’infirmier signalait qu’il avait oublié de nous dire que ma belle-mère avait été retrouvée avec le cordon de la sonnette autour du cou. Après un forcing, nous avons pu lui rendre visite. Elle ne s’alimentait plus depuis quelques jours, était amaigrie, l’escarre du talon était repartie. Elle est morte cette nuit. Toute seule, oubliée. Comme beaucoup d’autres personnes âgées dont les responsables de l’ARS, des départements ou plus largement nos représentants politiques n’ont rien à faire, sinon des discours.

J. H. (Loire-Atlantique)

 

 

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